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 Les adventures de Pantagruel en Italie

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Robert
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MessageSujet: Les adventures de Pantagruel en Italie   Ven 21 Sep - 10:55

Il se déroule actuellement une partie de Here I Stand à Montréal, et l'un des joueurs (Louis) nous a pondu ce petit texte amusant dans un style vieux français.

Pour faire une petite mise en contexte, sachez que la France s'est emparée de Florence, ce qui a provoqué une divine colère du Pape, et l'excommunication de François 1er.

___

Les adventures de Pantagruel en Italie

Il advint que nostre bon roy François mandat Pantagruel qui vint à luy en diligence. Sitôt audevant luy, Pantagruel assuroit êstre son féal et soubmit subject.

LE ROY : Tu dict vouloir bien me servir?

PANTAGRUEL : Si, de par sainct George!

LE ROY : Adoncque, tu partiras pour pays d’Italie.

PANTAGRUEL : As? Euh… Si faict, pour vous plaire.

LE ROY : Tu iras en ambassade auprès de Pope, pour faire langue et parlementeries en mon nom.

PANTAGRUEL : Aurais je valetz, palfrenierz, et grand concours de gens pour mon service?

LE ROY : Si.

PANTAGRUEL : Y auras il moult gens de guerre, chevaliers, landzknechtz et portes oriflemmes?

LE ROY : Ouy-da.

PANTAGRUEL : Me fournira onq chevaulx, mules et muletiers, charriotes et tout train de baguage que il fauldra?

LE ROY : Cela est sûr.

PANTAGRUEL : Me donnera t’on argent, bel et bon?

LE ROY : En suffisance.

PANTAGRUEL : Beaucoup, beaucoup d’argent?
LE ROY : En abondance, comme sied à bonne ambassade de France. Pourquoi me tirailler ainsi? Sire Pantagruel as besoing de bonne récompense pour servir son seigneur? Ou doncque tu doute de mes royaulx moyens?

PANTAGRUEL : Oh non, par le diable! Je ferois négoce et parlementeries pour vostre plaisir sans le plus petit salaire! Luxe ne poinct estre pour moi avoyr plus d’importance, et je allois voyr Pope habiller de bure avec ung crouton en poche. Mais, mon conseil estre que il ne falloit poinct estre pingre, car si vostre majesté êstre personne noble et généreuse, il a en Italie bien des gens de grande rapacité, avec ung stylet en manche et bouche pleine de vilnies. Si il faut approcher gens d’église, que cela soyt avecque bauldrier bien rempli et épée au côté! Marcher audavant de Pope coupte fort chère, davantaige encore si il falloit obtenir de luy concessions.

LE ROY : Ha haha! Je recognoit là ta sapience et grande prudentz! Je vois bien que mon or estre entre bonne mains. Adoncque part, et rapportoit bonne paix entre chrétiens.

Pantagruel partit doncq, suivit d’ung gigantesque convoie de cavaliers, de charriotes et de piétailles. Pour le tout, on pouvoit compter mil et deux cents et dix et sept chevaux, ainsi que soixante et dix et trois charriotes et ung quart – je tennois pour quart une brouette que pousse la belle Mathilde des vivandières, jeune, vigoureuse et grasse à poinct, dont es charmes… Mais nous en reparlerons une aultre fois. Cette caravane, je dicte, parcouru es hautes terres du pays des illustres romains de jadis, en prenant bien soing de faire halte à chacque auberge croisée, pour bien montrer l’honneur que on donnoit au pays, et se assurer ne faire affront à quiconcque. En chaque lieu, es gens de la ambassade beuvaient et mangeaient, faisant alterner festins, siestes et bombances, invitant tout ung chalcun à venir à leurs tables. En fin, Rome se défiloit sur le pays. Pantagruel ordonnoit que le camp soit établit audavant de la ville, et il alloit vers le Palast-Vieux de Pope.

Là, ce est le dénommé monseigneur Torchecul qui vennoit à maistre Pantagruel. Il dict : « Je crains que le sainct père ne pouvoit mie faire hospitalité à sire l’ambassadeur, malgré l’empressement que il en ayt, et la peine que il ressentissoit à délayer ainsi. » « Soit, nous logerons dans ces pallasts, et nous attendrons le bon vouloir de sa seigneuriolle. » dict Pantagruel. Sur cela, tout lez chevalierz, gualantez courtisannez, soldatz, valetz et aultre domesticaille s’engouffrèrent pêle-mêle, avecque force bruits, ris et chansonz, dans es chataulx du Pope. Tous continuouaient aussitôt ripaille qui avoit eu cours dans la routte.

Es françois mangèrent et beuvèrent sans jeûne, racontoient histoires drôlettes et adventures, dansoient pavane, branle et sarabande, se mocquoient de suisses et valetz de Pope, lutinnoient belles derrière tentures et pissoient sus murs. Après trois jourz à festoyer de cette sorte, Pantagruel se impatientoit et dict : « Bon, allons voyr Pope! ». Alors il poraloit es couloirs de son grand pas que tous luy connaissoient, retenu par Torchecul, il bousculoit suisses et aultre guardes, pour arriver audavant porte de Pope. Torchecul luy dict que Pope ne voulasse parler ni faire rencontre de personne, et que depuis une semaine déjà il faisaoit jeûne, barricadé dans ce lieu. Là, au travers de la porte, Pantagruel dict :

PANTAGRUEL : Vostre Magnitude, vous avez audavant vous ung povre et chagrin françois, meurtri par la mal heure. Je faict la supplicte, par la charité de nostre christ, de obtenir de vostre illustrissime personne ung mot de compasse ou de débonnarté!

POPE : Allez vous en! Je ne parler mie à quiconcque, car du silenz ja faict veu.

PANTAGRUEL : Si vous le dicte.

POPE : Mes aureilles ont déjà trop entendu de vostre insolenz!

PANTAGRUEL : Ja ung messaige de nostre bon Roy François le Premier, Roy très chrétien de France. Il veulx parlementer avecq vouz de l’affaire de l’ex communion que de malconseils vouz ont poussé à faire.

POPE : (criant) Hors de ici, misérable!

PANTAGRUEL : (mielleux) Vostre Bénignité! Ne soyez poinct si sévère avecq vostre si dévoué serviteur. Voyez, j’ai apporté des gâteaux, force jambons et andouilles grasses.

POPE : L’esprit Maling veu me séduyr! Que onq luy coupe la langue. Qu onq le étouffe aveq ung manche à balai. – Ouvrez cette porte que je voyois ces bonnes viandes…

PANTAGRUEL : Ja certitude que vostre Grandiloquence saura trouver es mots qui pardonnoient es péchés et apaisoient la chrétienté des cruels maux qui es tourmentoient.

POPE : Tu estois dans la confusion et erreur. Christ avoit la main senestre tendu pour consoler es mal heures du monde, mais il tennoit en main dextre une épée, celle qui frappe de coups vengeurs es injustes et es vils. Gare à vous, povres erres, que nostre sauveur ne cognoit bellement de taille et de estoc sur humanité pècheresse, car ce jour là, vouz ne aurez pas assez de larmes pour attendrir le seigneur.

PANTAGRUEL : Bien triste le povre home qui reçoit coups et caresses à la fois! Estoit il nécessaire de proférer de si tristes et accablantes parôles? Et même si ung pêcheur mérite chatiment, Dieu, qui estoit bon et miséricordieux, vouldroit il frapper tout ung chalcun et promulguer apocalypse? Et pour quoi falloit il nous punir ainsi si impitoyablement?

POPE : (hurlant) FLORENZ voilà la raison! Florenz, ne connaisons nous mie péché plus grave, plus mortel, plus noir et impardonnable? Même Satan ne rumine poinct de pareille et plus sinistre projet que de capturer Florenz.

PANTAGRUEL : Ah? Fl… Florenz? À ouy, Florenz, je vouey. Euh si, sans doute, cela peut êstre ung peu irritant, je suppose…? Tenez, voilà un mouchoir.

POPE : Que signifie?...

PANTAGRUEL : Il y a de la bave, là, sus vostre menton.

POPE : GRRzRzz!

PANTAGRUEL : Mais cela ne doict il pas estre veu tel un petit incident des guerres italiennes? Il faudroit à vostre Amplitude que elle regarde cela du haut des cieux et des siècles, tel le ferait Dieu lui-même. Car es mercenaires marchoient, entroient en bourg, partoient ou sont chassés, mais à la fin, cela change il la marche de la foy en Christ? Le triomphe de Prince ou de Roy le jour de victoire de guerre se mesuroient ilz à grandeur de Dieu? Je demandois humblement à nostre sainct père de mépriser ces historiettes de auberges et de considérer le cas qui préoccupe mon bon Roy, et qui tient de la foy : La Ex communion.

POPE : Neni! Tant que es françois tiennoient Florenz, je ne parleray poinct.

PANTAGRUEL : Bien, bien vostre Infaillibilité… Et nous cognaissons assez vostre mansuétude pour deviner que, frapper à senestre, vouz tendroirez la joue dextre pour mieulx…

POPE : (criant) Ah que non! Onq me frappoit au millieu de la figure, alors que vouloiyez vouz que je tendoit? Mon cul à botter? Cela estoit trop pour honneur de sainct siège!

PANTAGRUEL : Pardonner ne faict poinct mal. Ja assurance que vostre Insouciance absoudroit nostre Roy François sans blâme ni réprimande de quelcques sorte… Cela ne estoit il vérité?

POPE : (hurlant) COMMENT! Cet haéréticque sans écharpe, ce bigot sans manières, ce cathare assis! Le Roy François estoit la brebis gualleuse de mon troupeau. Ce Pervers, ce luthérien! GRRR, il estoit rongé par le stupre et la fornication.

PANTAGRUEL : Ronger? Ouy, certes, il se rongeoit es doigts dès qu’il songeoit à vous. Mais dictes moi, très sainct père : Vous scavez bien que tous cela estre mauvais contes, rapportés par mal personnes?

POPE : Ja bien cognoissance de se que estre vérité et mensonge. La vérité brille, blanche et pure, et en cela elle estre unique. Mais le mensonge estre de trois sortes, comme nostre bonne trinité : Le mensonge par ignorance et rudesse, qui estoit le propre du bon populaire, et qui ne se puisse dire péché. Des menteries dict en conscience, il y a le mensonge juste et bon, aimé de Dieu car il dict chose que le peuple doit entendre, et que nous disons pour son bien. En fin, il est un mensonge, péché et punissable de enfer, par ce que, dict aussi en conscience, estoit injuste et immoral. Tout ce qui sortoit de la bouche de Pope est juste.

PANTAGRUEL : (avec emphase) Salut à vouz, Pourfendeur de l’injuste innocence!

POPE : Buvez mes bonnes paroles. (Pope buvoit bon vin claret)

PANTAGRUEL : Je ne sayt si vostre Bulle tennoit de juste menterie ou de vérité scélérate. Mais je puis vouz asseurer que elle ne pas estre de nature à apporter pax et bonne entente.

POPE : Pour quoi? Elle estoit jolie cette bulle.

PANTAGRUEL : Ne y avez-vous mie éscrit que le Roy de France estoit relevé de tout ses droits et possessions, et que de luy ravir terres et châteaux ne tennoit poinct du larronaige, et même estoit devoir de bon chrétien?

POPE : Bah! Ung faquin ou ung aultre en guise de Roy, pourvu que il payast bien les aumônes à Rome.

PANTAGRUEL : Ne vouz y dicte pas aussi que tous devoient en la instant se précipiter sur luy pour luy ôter son « odieuse et haïssable vie ». Vouz conviendrez, mon bon père, que cela apporte peu la harmonie en royaume.

POPE : Héhé! Je recognois là la plume de mon cher Torchecul : Il aime bien les vieilles tournures car il dicte que elles frapoient mieulx le cervellas du bon peuple, aussi prompt à la joy que à la colère.

PANTAGRUEL : Mais il a bonnes et exellentes raisons pour que soit faict pardon à mon maître. Je dict que si France estre affaiblis par es querelles des jaloux et des rapaces, alors Charles Quint en tiroit profict.

POPE : Et puis? Il gagne indulgences et amour de Dieu en massacrant les haéréticques.

PANTAGRUEL : Es haéréticques? Ilz ont bien tort de faire affront à nostre très saincte Église, mais cela ne estre mie raison pour aller danser la gavotte dedans les flemmes de enfer avecq eulx. Méfiez vouz que, comme Charlemaigne en son temps fict, le Empereur des alamans soulevast vostre soutane et vouz plantoit la main au cul pour vous agiter comme onq faict de marionnette en foyre. Ainsi fantoche devenu, Charles Quint usera de Pope à son bon plaisir, luy faisant brandir baston pour frapper à dextre et senestre tant princes que roys. Si cela devait vérité, par la male fortune, tout chrétiens en pâtiroient.

POPE : Laisse cela, Sire Pantagruel. Nous en parlementerons ung aultre jour. Pour la maintenant, allons voyr par là, onq dict que il y a là qui attend un amiral de Hespaigne…
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Licinius
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MessageSujet: Re: Les adventures de Pantagruel en Italie   Ven 21 Sep - 11:09

Absolument! Quel rapace ce François 1er!!!

Mais Rome est infiniment bonne et infiniment aimable, et a fini par pardonner à ce vilain lascar ses écarts de contuite... Cool

Carl "Pape Léon X" Paradis
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Vincent
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MessageSujet: Excellent!   Ven 21 Sep - 11:55

cheers
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MessageSujet: Re: Les adventures de Pantagruel en Italie   

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